Texte et photos de Michel Fraiture

 

CLASSE des Echinides - SOUS-CLASSE des Régularia

NOM DE FAMILLE : Diadématidés
GENRE : Diadema
ESPECE : setosum
NOM COMMUN : oursin diadème

Classification :


L’oursin fait partie de l’embranchement des échinodermes, tout comme les étoiles de mer, les ophiures, les concombres de mer, les dollars des mers et les lis de mer.
« Echinoderme » signifie « peau de hérisson », à cause de la présence de plaques de calcaire recouvertes d’une peau hérissée de piquants très caractéristiques chez certaines espèces.


Embranchement des échinodermes
     Classe des Echinides
         Sous-classe des Regularia (oursins réguliers, à symétrie rayonnée)
            Ordre des Diadematoïdes
                Famille des Diadématidés
                   Genre : Diadema
                      Espèce : setosum


Les échinodermes sont exclusivement marins. Ils peuvent se déplacer lentement sauf certains lis de mer qui sont sessiles.
Pourquoi avoir choisi de décrire cette espèce plutôt qu’une autre ?
C’est très simple, c’est le seul oursin que l’on trouve assez couramment et qui a la particularité de pouvoir être maintenu dans un aquarium semi-récifal, en présence d’autres invertébrés, sans leur causer préjudice (voir plus loin ).

Distribution


Mer Rouge, Océans Indo-Pacifique, dans les zones tropicales.
Certains écrits spécialisés le signalent occasionnellement dans la Méditerranée orientale.

Habitat


L’oursin vit parmi un groupe mais n’a pas besoin de la présence des autres. On le trouve à la surface des roches, à deux ou 3 mètres de profondeur, parfois moins, mais aussi dans des espèces de cavernes aérées, avec mouvements d’eau mais ouvertes à la lumière, jusqu’à 70 m de profondeur.
Il est toujours immergé, sa peau ne supporte pas la sécheresse, et il n’apparaît jamais hors de l’eau au moment de la marée basse, ce qui pourrait mettre en danger son organisme (bulles dans le conduit digestif).
Il faut donc en tenir compte pour le déplacer d’un aquarium à un autre.


Description

Diadema setosum possède un test (voir plus loin) qui peut atteindre 9 cm de diamètre et les épines 30cm de long , dans la nature. En aquarium, il se vend tout petit, avec un test de 1 à 2 cm de diamètre et des piquants de 5 à 6cm. Si l’aquarium d’accueil est de dimension raisonnable (300L), il atteindra 5cm de diamètre pour le test et une dizaine de cm pour les piquants du dos, plus on se rapproche de la bouche, et plus les piquants sont petits.
 
C’est donc un animal imposant dans l’aquarium, avec une surface d’encombrement au sol basée sur un diamètre de 25cm
Sa couleur est très souvent noire avec des raies ou points blancs et des lignes radiales d’un bleu lumineux. L’ouverture anale, sur le dos, est de couleur bleu mauve bordée d’un cercle orange ou rouge.
 
Vue macro de l’anus se trouvant sur le dos de l’oursin. Il se comprime et se dilate régulièrement . On peut aussi observer le cercle de couleur orange, caractéristique de l’espèce
   
Ces colorations permettent de ne pas le confondre avec « Diadema savignyi » qui a des épines groupées et avec «Echinothrix diadema » qui a le sac anal de couleur bleu vif lumineux. La couleur de l’anus est moins marquée chez « Centrostephanus longispinus », un oursin rare à longs piquants que l’on peut rarement trouver en Méditerranée occidentale, avec de longs piquants de 7cm, renforcés sur la face dorsale par des piquants fins et mobiles dangereux car ils peuvent se briser et se figer dans la peau, provoquant des lésions difficiles à soigner .
La face ventrale est toujours plaquée au sol, avec un disque central possédant une armature centrale puissante. Cinq mâchoires et 5 dents constituent ce qu’on appelle la « lanterne d’Aristote ». Notre Diadema setosum est principalement herbivore mais il se nourrit aussi d’éponges multicolores. Ses dents grattent et arrachent les algues filamenteuses et les éponges dès qu’elles font leur apparition sur le substrat.
   
Vue macro de la partie ventrale de l’oursin.
Au centre, la lanterne d’Aristote, les dents sont visibles car les piquants sont de plus en plus petits et de plus en plus rares au fur et à mesure que l’on s’approche de la bouche. Les derniers sont plus clairs et adaptés à d’autres fonctions, celles d’aider au déplacement, à guider, rassembler et trier la nourriture (avec organes sensoriels).
   

L’oursin est un animal « libre », il se déplace facilement grâce à ses pieds ambulacraires, particulièrement longs et mobiles. Ils sont répartis en 5 doubles rangées allant chacune du pôle inférieur au pôle supérieur de l’animal. Chaque pied se termine par une ventouse qui permet à l’animal de se fixer au substrat.
Lorsque l’animal est touché par un intrus, tous les piquants , même ceux du dos, s’agitent fortement ainsi que les pieds ambulacraires au voisinage de la bouche. S’il est touché une seconde fois, il veut fuir la zone soi-disant dangereuse et c’est là que les piquants entrent en action dans la locomotion, l’oursin se dresse un peu comme sur des échasses et peut ainsi parcourir une courte distance en très peu de temps (c’est relatif, évidemment). Son action ne peut être que momentanée car l’oursin est un faible consommateur d’énergie. On peut déterminer son activité métabolique, consommatrice d’énergie, en mesurant sa consommation d’oxygène par gramme de poids corporel. L’oursin en consomme 30x moins qu’une étoile de mer ou un poisson rouge, 7000x moins qu’un papillon en vol (le plus) mais tout de même 3x plus que la méduse (le moins). Référence : l’homme consomme 13x plus d’O2 par gr corporel que l’oursin, une petite moyenne par rapport aux oiseaux.

Anatomie


L’oursin Diadema possède une carapace calcaire appelée test. Ce test est à symétrie rayonnée de type 5, formé de plaques calcaires soudées qui forment une sphère, recouvertes d’une peau hérissée de piquants. Les tests d’autres genres d’oursins peuvent être asymétriques. Ils ne sont pas , dans ce cas, considérés comme des oursins réguliers ( ex. : le petit oursin à piquants courts et effilés, jaunâtres, que l’on trouve dans les filets des pêcheurs de crevettes, à la côte belge).
Les Echinodermes adultes sont les seuls animaux à présenter une symétrie pentamère : leur corps est divisé en 5 parties disposées autour d’un disque central où se trouve la bouche. Leur physiologie est toute simple, ils n’ont ni tête ni appareil excréteur. Ils ont, par contre, un appareil aquifère constitué d’une série de canaux remplis de liquide et grâce auxquels ils peuvent se mouvoir et capturer des proies. La plaque madréporique, une plaque calcaire spéciale percée de trous, permet l’entrée de l’eau de mer dans cet appareil aquifère. Cela provoque des modifications de la pression dans ces canaux qui font allonger ou rétrécir les pieds ambulacraires. Chaque pied ambulacraire est creux et muni d’une ventouse à son extrémité libre.

   
   Anatomie interne de l’oursin
1. Piquant
2. Plaque madréporique
3. Anus
4. Orifice génital
5. Glande reproductrice
6. Ambulacre
7. Branchies
8. Bouche
9. Dent
10. Mâchoire
11. Intestin
   

 

Acclimatation et maintenance


Comme il est dit sur la première page, Diadema setorum est un oursin vendu dans la plupart des commerces aquariophiles, il est commun, sans risque d’épuiser l’espèce, et cohabite sans problème avec de nombreuses variétés d’animaux marins.
C’est un herbivore brouteur. L’adjectif « brouteur » lui convient bien . En effet, il racle la roche à l’endroit où de jeunes algues filamenteuses ou éponges apparaissent. On dirait, dans l’aquarium, qu’il attend que le développement des filamenteuses se fasse jusqu’à une taille de 2mm pour se décider à intervenir sur la zone. Là où les filamenteuses sont trop grandes, trop touffues, elles seront laissées de côté. C’est principalement dans les zones d’ombre que l’oursin restera inactif, ou du moins dans les zones à éclairage plus faible. Il faut aussi signaler que Diadema setorum préfère la surface d’un bloc de pierre vivante plutôt que celle plus découpée d’un corail mort comme Acropora ou des plateaux coralliens placés surtout dans un but décoratif.

   
L’oursin longe ici l’arête bien éclairée d’un bloc de pierre vivante.
¼ de son repas, en fait, c’est sa seule activité, est pris durant la journée, les trois autres quarts, de la nuit. On le dit donc nocturne.
C’est ainsi qu’en pleine journée, il peut prendre une période d’inactivité, de repos, soit en pleine lumière sur un « sommet », soit à l’abri dans un creux de roche ombragé.
   
Son activité n’est pas débordante, en broutant la roche, il parcourt plus ou moins 10cm à l’heure, en zigzagant pour laisser des traces jusqu’à 4cm de largeur, si la surface n’est pas trop accidentée.
   
   

Il travaille consciencieusement, sans laisser la moindre parcelle intacte. Sur l’arête de cette pierre vivante, il y a aussi quelques algues brunes(photo de gauche), mais aussi quelques éponges orange, vertes ou rouge bordeaux. Rien ne sera épargné(photo de droite :observez le travail de nettoyage effectué).

C’est malheureusement le côté négatif de ce type d’oursin : il n’épargne pas les éponges !
C’est très dommage sinon on aurait pu dire que c’était l’animal parfait pour l’aquarium semi-récifal.
Comme ces éponges ne sont pas classées parmi les végétaux, on ne pourra tout de même pas dire que Diadema setosum est exclusivement herbivore.

Il faut donc choisir :
- ou bien on achète cet oursin en sacrifiant le plaisir de voir se développer ces éponges
- ou bien ne pas en acheter et risquer de voir se développer un film d’algues sur tout votre substrat rocheux et rendre votre aquarium terne, sans relief apparent.

L’arête de la pierre vivante est maintenant nettoyée , mieux que si vous utilisiez une brosse en fer.
Le relief sera bien mis en évidence par la clarté des quelques éléments qui ressortiront.

En effet, dans le milieu marin, on assiste à un combat de tous les instants pour la possession d’une petite surface de substrat qui permettra le développement d’une espèce. Si votre aquarium a un apport régulier de calcium, pas de problème, les éponges prendront le dessus (sur les algues, pas sur l’oursin !).
Sinon, … vous regretterez de ne pas avoir d’oursin … mais il sera encore temps à ce moment de faire votre acquisition. Ne vous précipitez donc pas pour acheter.
Tant qu’on y est à citer les défauts de D. setosum, signalons aussi que cet énergumène déplace, ou plutôt bouscule les petits coraux, morts ou vivants qui se trouvent sur son chemin. Il parvient à déplacer une pierre vivante de la taille du poing. Il faut donc surveiller régulièrement l’aquarium car les coraux que l’on achète sont fixés à ce type de substrat. Ils doivent donc être coincés dans les infractuosités de vos pierres vivantes.

Il y a danger pour le déplacement des coraux mais aucune réaction négative des coraux n’est visible pendant ou après le passage de l’oursin. Ils ne se rétractent même pas, que ce soient des coraux durs ou mous.

 


Apogons et demoiselles se réfugient entre les piquants de l’oursin, mais ces observations ne peuvent se faire que dans la nature, en aquarium, si vous n’avez pas de prédateurs actifs, qui cherchent leurs proies, vous n’assisterez pas à cette scène souvent filmée par les plongeurs (qui ont la chance d’en rencontrer).

Vue d’ensemble de l’aquarium
On distingue facilement, en clair, les zones de prédilection parcourues par l’oursin. Ce sont les espaces les mieux éclairés par l’HQI.
On peut voir aussi, dans le coin inférieur droit, un corail mort très découpé sur lequel des éponges se développent. D’autres apparaissent aussi sous les grandes filamenteuses, mais elles ne sont visibles qu’au moment où on arrache les algues.
D’autres éponges, rouges et orange, les plus belles, se développent aussi dans les zones d’ombre, sous les roches vivantes. L’oursin s’en désintéresse.

 

Reproduction :


L’oursin est un animal ovipare à sexes séparés. La libération des gamètes mâles et femelles a donc lieu dans l’eau, c’est une fécondation externe.
Mâles et femelles possèdent 5 glandes, jaunâtres pour les mâles, rougeâtres pour les femelles. Ce sont ces glandes, appelées « corail » qui sont très appréciées des provençaux (à signaler que la récolte d’oursins, en France, est soumise à réglementation, à savoir que l’oursin comestible s’appelle « oursin livide »).
La laitance blanche du mâle va féconder les ovules libérés par l’oursin femelle et l’œuf, très petit, sera pauvre en vitellus (réserves). Suite à une série de segmentations, il donnera naissance à une larve nageuse, ciliée, à symétrie bilatérale qui s’appellera « plutéus ». Après avoir subi plusieurs métamorphoses complètes, cette larve deviendra un petit oursin vivant au fond de l’eau.
La reproduction s’effectue toute l’année mais est optimale de septembre à mars.
Cette reproduction ne se fait pas en aquarium.

Précautions


Nous ne parlerons ici que des inconvénients que peuvent donner les piqûres d’oursins chez l’homme, pas du point de vue gastronomie.
Lorsque nous nettoyons les vitres de l’aquarium, il arrive fréquemment que l’on oublie que l’oursin s’y trouve et c’est trop tard… une vive douleur se fait sentir dans la main ou le bras. Un piquant de l’oursin a été mis en contact avec notre peau.
Le venin de Diadema setosum se situe dans la matrice du piquant, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’oursins. La couleur violette du venin marque l’endroit de la piqûre pendant plusieurs jours.
Les signes régionaux après piqûre chez D. setosum sont : petit œdème, rougeur et violente brûlure qui irradie pendant quelques heures.
Traitement proposé dans la littérature : L’application locale de pommade anti-inflammatoire ou cortisonée peut soulager la douleur. Il n’existe pas d’antidote connu à cette toxine.
Tout comme pour les piqûres d’insectes, la sensibilité et les réactions du corps d’une personne ne sont jamais semblables à celles d’autres personnes. En général, D. setosum rappelle aux intrus qu’il est présent, la douleur ressentie n’est que passagère, mais n’oublions tout de même pas que nous avons parlé « d’un venin », des effets secondaires peuvent survenir, avec complications, rares, même exceptionnelles .
Le Dr Jean-Michel Rolland signale, dans un écrit diffusé sur internet, http://perso.wanadoo.fr/aresub/medecinesubaquatique
quelques problèmes liés à la piqûre de l’oursin, mais surtout son côté négatif dû à la dégustation de fruits de mer avec des conséquences parfois dramatiques mais qui n’ont rien à voir avec notre hobby aquariophile.
Michel Fraiture


Bibliographie


Guide du récif Corallien, la Mer Rouge par Helmut Debelius Ed. PLB
L’aquarium récifal, tomes I et II de J. Charles Delbeek et Julian Sprung
Marine Invertebrates par Martyn Haywood et Sue Wells. Ed. Salamander book
L’aquarium optimal, par Horst Kipper. Ed. Aquadocumenta Sarl
La Mer Rouge par Andrea Ghisotti. Ed. Bonechi
Biologie - par Arms et Camp tomes I et II - Editions Universitaires


Et quelques sites internet intéressants si vous désirez en savoir plus :
www.edge-of-reef.com
www.livingreefimages.com
http://perso.wanadoo.fr/aresub/medecinesubaquatique

 


Ce site n'utilise pas de cookies spécifiques, mais un code google analytics est présent dans chacune de ses pages.
Accepter